Un printemps dans nos baskets

 

Alors que certains ici - dans l'hémisphère sud - s'installent dans la quiétude de l'hiver, d'autres doivent être emballés par le retour de la chaleur estivale ... Quoi qu'il en soit, la transition d'une saison à l'autre invite souvent à un moment de réflexion personnelle. Vous trouverez ci-dessous à quoi ressemble l'auto-réflexion chez Sharanam Yoga Project... Bonne lecture!

Ludovic et moi dans le jardin de la maison où nous logeons à Nairobi.

Ludovic et moi dans le jardin de la maison où nous logeons à Nairobi.


Être au service de, ou vendre ses services?

Seva [Wikipedia] - un ancien terme Sanskrit signifiant service désintéressé

“Acte gratuit, désintéressé, exécuté sans aucune attente de résultat ou de récompense. De tels services peuvent être rendus au profit d'autres êtres humains ou de la société. ”

«Bénévolat. Dévouement aux autres.» (Interprétations plus modernes)

Dans la communauté du yoga, on parle souvent de seva. J'ai beaucoup réfléchi à cette notion tout en travaillant bénévolement ces quelques derniers mois.

Avec mon esprit yogique, je me suis vue développer une nouvelle connexion avec moi-même et avec les autres. Je me suis surprise à partager mon intégrité avec un prochain, sans autre but. C'était comme laisser tomber des cailloux dans un lac et attendre que les ondulations prennent la relève. Peut-être, je suis enfin parvenue à comprendre ce que mon ancien patron de chez McKinsey voulait vraiment dire lorsqu’il me demandait de faire preuve de souplesse avec l’ordre du jour de nos réunions clients.

En parlant de McKinsey, la vérité est que les restes de mon esprit d'entreprise n’a pu s'empêcher d’évaluer ma pratique de seva. Le bénévolat a été un moyen incroyable de favoriser les relations communautaires et de toucher des personnes que nous n'aurions pas pu atteindre autrement. Pourtant, dans certains cas, les choses sont devenues tellement désorganisées qu'il était difficile de réellement accomplir quoi que ce soit et d'avoir un impact.

Enseignant une classe aux élèves d’Indoni Academy autour du pouvoir des mots et ce que serait de parler avec compassion, intégrité, et amour.

Enseignant une classe aux élèves d’Indoni Academy autour du pouvoir des mots et ce que serait de parler avec compassion, intégrité, et amour.

Personne n'a le temps ni les ressources illimités à consacrer à une bonne cause, peu importe le bien que cela peut apporter. Mais comme nous voulons que nos efforts de seva soient durables et enrichissants pour toutes les personnes impliquées, je pense qu’il devrait y avoir un échange d’énergie équitable entre les parties prenantes. Peut-être devrions-nous être plus stratégiques sur les organisations partenaires avec lesquelles s’impliquer. Regarder avec davantage d’honnêteté les problèmes qui non seulement importants pour nous, mais aussi importants pour eux et leur public.

Peut-être que l'argent compte. En donnant gratuitement, nous ne servons parfois pas les meilleurs intérêts de quiconque, et nous dévalorisons ce que nous faisons. Au quotidien, nos décisions et actions sont majoritairement centrées autour de l’argent. Soit nous travaillons pour le gagner, soit nous le dépensons, nous l’investissons, nous le donnons, nous nous en inquiétons, nous l’ignorons, ou nous essayons d’en obtenir plus. Si nous utilisons de l'argent pour valoriser notre temps, nos talents, notre sagesse, nos connaissances, nos services et nos compétences, c'est aussi une forme d'échange d'énergie. Alors que nous entamons la troisième étape de notre voyage de service (Nairobi, Kenya!), voyons si nous résolvons le cas d'un travail de bénévolat réfléchi, percutant, apprécié, et amusant.

 

C'est de l'entrepreneuriat socialement conscient. Pas seulement de la charité.

Maintenant que j’examine ma pratique de seva à la lumière de mes voyages, je réalise que critiquer le tourisme volontaire semble presque aussi populaire que le volontourisme lui-même. Le tourisme volontaire est-il une activité néocolonialiste? Ironiquement, nous venons de faire du bénévolat pendant cinq mois au Cap, en Afrique du Sud (ancienne colonie néerlandaise), et avons récemment atterri à Nairobi, au Kenya (ancienne colonie britannique) pour poursuivre notre mission.

Quoi de mieux qualifie les voyageurs à travailler dans un pays étranger qu'ils visitent? Ironiquement encore (!), je me suis battue pendant presque 5 ans aux États-Unis pour obtenir ce soi-disant visa de travail pour compétences critiques, et de facto j’essayais de prouver mes compétences exceptionnelles et irremplaçables par celles des citoyens du pays … En fin de compte, sommes-nous - nomades privilégiés et main-d'œuvre «gratuite» - en train de remplacer des employés locaux rémunérés?

Après l’orage….! La salle de yoga de l’école primaire Sakumlandela à Khayelitsha juste après une classe. Noks Jada enseigne aux enfants de plusieurs écoles de ce township dans le cadre d’Earth Child Project.

Après l’orage….! La salle de yoga de l’école primaire Sakumlandela à Khayelitsha juste après une classe. Noks Jada enseigne aux enfants de plusieurs écoles de ce township dans le cadre d’Earth Child Project.

Dans un climat de financement réduit, de nombreuses organisations exploitent le potentiel des bénévoles pour aider à combler le fossé entre la demande et la capacité d’y répondre.

Mais dans les quartiers précaires du Cap et de Nairobi, la plupart des gens vivent avec moins de 1 euros par jour; et le chômage des jeunes est l’un des problèmes fondamentaux à l’origine de cette pauvreté abjecte. Ces jeunes ont pourtant beaucoup de talent et d’espoir. Alors, est-ce une bonne chose que les volontaires jouent un rôle croissant dans la livraison de services au sein de ces villes?

Samedi 1er juin, nous avons poussé les portes de Africa Yoga Project pour participer à leur légendaire cours de yoga communautaire en ce jour propice. En effet, le 1er juin - Madaraka au Kenya (Madaraka est un mot swahili qui signifie «liberté, indépendance») - les Kenyans commémorent le jour où ils ont atteint l'auto gouvernance en 1963 après des décennies en tant que colonie britannique.

Catherine Njeri enseigne la légendaire classe communautaire du samedi au Shine Center d’Africa Yoga Project à Nairobi. Crédit photo : Mona Lizuca

Catherine Njeri enseigne la légendaire classe communautaire du samedi au Shine Center d’Africa Yoga Project à Nairobi. Crédit photo : Mona Lizuca

La classe était épique: la talentueuse Catherine Njeri a guidé plus d'une centaine d'étudiants dans le cadre d'un cours de Baptiste Yoga, jumelé à un DJ set Afrobeat. Tapis côte à côte, nous avons “salué le soleil”, nous avons dansé, et expérimenté la joie à l'état pur. C’était l’équivalent africain de la classe légendaire de Rima Rabbath !

Ce moment édifiant a également apporté des perspectives très intéressantes au regard des questions soulevées ci-dessus. En 2007, Paige Elenson et Baron Baptiste transforment les défis de la pauvreté et du chômage en une opportunité en créant Africa Yoga Project, une organisation à but non lucratif qui vise non seulement à introduire le yoga dans les bidonvilles du Kenya, mais également à former ceux qui y vivent à l’enseigner.

En tant que tel, le yoga passe d’une simple modalité de bien-être corps-esprit à une véritable voie vers l’éducation, la responsabilisation, et l’emploi. Le yoga devient le potentiel d'un avenir.

Aujourd'hui, AYP forme des professeurs de yoga locaux et des leaders du bien-être en Afrique et d’Afrique a mener la croissance de ce secteur sur le continent. Ils les aident à dispenser gratuitement des cours de yoga dans leurs communautés tout en créant des opportunités pour ces enseignants de gagner leur vie en enseignant le yoga dans des studios publics. C'est le pouvoir du yoga: de changer des vies grâce à la connexion et à la solidarité. Crédit photo : Africa Yoga Project

Aujourd'hui, AYP forme des professeurs de yoga locaux et des leaders du bien-être en Afrique et d’Afrique a mener la croissance de ce secteur sur le continent. Ils les aident à dispenser gratuitement des cours de yoga dans leurs communautés tout en créant des opportunités pour ces enseignants de gagner leur vie en enseignant le yoga dans des studios publics. C'est le pouvoir du yoga: de changer des vies grâce à la connexion et à la solidarité. Crédit photo : Africa Yoga Project

 

La vie à Alexandra.

Heureusement, AYP n'est pas la seule organisation à comprendre que la vraie transformation implique d'habiliter des personnes auparavant marginalisées à occuper des postes de leader. Début Mars, nous nous sommes rendus à Johannesbourg pour animer un atelier d'une journée avec une nouvelle génération de professeurs de yoga à l'esprit communautaire et membres de Yoga4Alex. Comment réagissons-nous à la menace et au danger? Qu'est-ce qu'un traumatisme? Comment le yoga peut-il aider à s'autoréguler? Quels sont les principes clés d'un cours de yoga sensible aux traumatismes? Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux points abordés!

Ludovic and moi animant un atelier sur le yoga sensible aux traumatismes pour les 17 professeurs de Yoga4Alex le 8 Mars à Johannesbourg.

Ludovic and moi animant un atelier sur le yoga sensible aux traumatismes pour les 17 professeurs de Yoga4Alex le 8 Mars à Johannesbourg.

C'était une leçon d'humilité que de passer la journée avec ces 17 jeunes et résidents du bidonville d'Alexandra. Tous ont été formés pour devenir des professeurs de Kundalini Yoga et travaillent maintenant sans relâche pour enseigner dans les écoles d’Alexandra, où la soif de yoga et ses puissantes capacités de guérison sont réelles.

La vie dans les townships - les zones urbaines les plus pauvres d'Afrique du Sud - est difficile. La communauté est écrasée; les résidents vivent dans des cabanes - dont certaines sont fabriquées à partir de tôle et de carton; des services d'assainissement adéquats font souvent défaut; le bruit fort est l'ambiance par défaut; et le chômage augmente. Ce désespoir a conduit les townships à être l’une des pires zones de consommation de drogues, de gangstérisme, et de criminalité.

Dans ce chaos, les jeunes ont un chemin très étroit pour sortir de la pauvreté et les difficultés de la vie quotidienne sont souvent trop pénibles pour qu’ils croient qu’une vie meilleure est possible. Leur esprit est naturellement enraciné dans la négativité, la peur, et la frustration.

Notre visite à l’école primaire Gordon à Alexandra. Les enfants sont initiés au programme de Yoga4Alex par le biais de cours de 30 minutes qui ont lieu pendant la journée scolaire dans leur salle de classe.

Notre visite à l’école primaire Gordon à Alexandra. Les enfants sont initiés au programme de Yoga4Alex par le biais de cours de 30 minutes qui ont lieu pendant la journée scolaire dans leur salle de classe.

Le yoga ne peut pas éliminer les nombreux défis auxquels sont confrontés ces jeunes, mais il peut les aider à développer leur capacité à gérer l’anxiété et la détermination de surmonter les obstacles qu’ils rencontrent. Le yoga peut leur fournir un espace où atteindre le silence intérieur et où trouver la concentration pour construire leur propre chemin.

 

La meilleure façon de se dire au revoir!

Indoni Arts & Leadership Academy est une famille. Nous avons conclu 4 mois de yoga et pleine conscience avec les 22 étudiants rempli de moments mémorables.

⭐️ Nous avons organisé une sortie de yoga inattendue dans notre studio favori au Cap - The Shala - et les avons surpris avec un cours de yoga aérien, animé par notre amie et talentueuse enseignante, Kathleen Booyse.

Aucun des jeunes n’avait été dans les hamacs auparavant, mais avant même que nous le sachions, ils étaient la tête en bas, tenaient sur les mains et faisaient des acrobaties qui nous ont pris un temps fou à maîtriser !

Leur enthousiasme, leur curiosité et leurs sourires ont illuminé la pièce et le rire était définitivement au rendez-vous. Une fois de plus, il était réconfortant de sentir le soutien de la communauté du Shala pour exposer ces jeunes à de nouvelles pratiques.

Sinazo, Yolanda, Mthetheleli, et leurs camarades lévitant au dessus du sol du Shala Yoga School dans la “pose de la couche” guidés par la talentueuse Kathleen Booyse

Sinazo, Yolanda, Mthetheleli, et leurs camarades lévitant au dessus du sol du Shala Yoga School dans la “pose de la couche” guidés par la talentueuse Kathleen Booyse

L'équipe de shock se remet sur pied après 60 minutes d’envolée.

L'équipe de shock se remet sur pied après 60 minutes d’envolée.

⭐️ Warrior Addict - une marque de vêtements de yoga basée à Londres - s'est associé à nous et a gentiment fait don d'une collection de 25 pantalons de survêtement “éco-guerrier” (fabriqués à la main en France 🙃) et de 25 pulls à capuche à distribuer aux étudiants. Nous sommes très heureux de savoir que ces vêtements de haute qualité les garderont bien au chaud pendant les répétitions.

Sinazo prenant la pose avec son nouveau pantalon et sweat à capuche Warrior Addict !

Sinazo prenant la pose avec son nouveau pantalon et sweat à capuche Warrior Addict !

Regardez moi cette photo! A mi-chemin entre une armée de guerriers spirituels et un groupe de mannequins préparant le prochain défilé.

Regardez moi cette photo! A mi-chemin entre une armée de guerriers spirituels et un groupe de mannequins préparant le prochain défilé.

⭐️ Ils nous ont offert un spectacle époustouflant - «Dancing in Nature» - au Khayelitsha Wetlands Park. Il nous a paru tellement évident que la danse est leur façon de raconter leurs histoires. Nous n’avons pas de mots pour décrire leur énergie vibrante sur scène. Se produire dans leurs communautés est une si belle façon d’inciter leurs voisins à mettre en valeur leurs talents plutôt que de rester inactifs, et à se rencontrer, créer, profiter, et rêver ensemble.

Dancing with Nature est une série de représentations gratuites qui se déroulent dans les parcs du Cap. C'est un spectacle immersif, la chorégraphie est adaptée à chaque lieu pour se fondre dans le paysage.

Dancing with Nature est une série de représentations gratuites qui se déroulent dans les parcs du Cap. C'est un spectacle immersif, la chorégraphie est adaptée à chaque lieu pour se fondre dans le paysage.

 

Une note d'amour à notre communauté grandissante !

Aurélie, Julie, Rosa, Aurélie: nous vous chérissons. Nous apprécions profondément votre volonté de vous impliquer et de créer des espaces sains et sécures permettant à tous de pratiquer. Ces femmes incroyables mènent - sur une base volontaire - les différents programmes que nous avons lancé à Marseille à l’automne 2018.

Découvrez leurs parcours sur la nouvelle section de notre site dédiée à nos volontaires (en version anglaise).

Aurélie Fournol

Aurélie Fournol

Julie Larini

Julie Larini

Rosa Aguilera

Rosa Aguilera

Aurélie Bergier

Aurélie Bergier

 

N’hésitez pas a nous écrire. Prenez soin de vous, ouvrez votre cœur, et partager votre amour!

Charlotte

 
Charlotte Kelberine